Les étapes du DUERP : la méthode complète (2026)
Un DUERP n’est pas un formulaire à compléter. C’est la trace écrite d’une méthode d’évaluation des risques, et cette méthode compte plus que le document lui-même. L’INRS la structure en cinq étapes clés, du cadrage de la démarche jusqu’au plan d’action. Sauter ces étapes produit un document vide, juridiquement fragile et inutile sur le terrain.
L’obligation s’applique dès le premier salarié, sans seuil d’effectif. Avant de lister quoi que ce soit, il faut comprendre l’enchaînement complet, du cadrage à la mise à jour : la démarche d’ensemble est détaillée dans le guide pour comment faire un DUERP. Les étapes décrites ici en sont la colonne vertébrale.
Chaque étape répond à une question précise : qui pilote, sur quel périmètre, quels risques, à quel niveau de priorité, pour quelles actions. La cotation des risques est le point qui sépare un DUERP exploitable d’une simple liste descriptive.
Évaluation des risques et transcription : deux choses à ne pas confondre
Le Code du travail distingue deux objets souvent confondus. L’évaluation des risques professionnels (EvRP) est la démarche d’analyse. Le DUERP est le document qui en transcrit les résultats. Confondre les deux conduit à rédiger un document avant d’avoir évalué quoi que ce soit.
Le DUERP transcrit les résultats d’une évaluation des risques menée unité de travail par unité de travail. Il est obligatoire dès le premier salarié, sans seuil. La méthode officielle de l’INRS tient en cinq étapes clés, complétées par la transcription et la mise à jour du document.
Cette évaluation aboutit, comme le prévoit la réglementation, à la transcription des résultats dans le document unique. L’INRS organise la démarche en cinq étapes : préparer, identifier, classer les risques, puis définir et suivre les actions. Le DUERP n’est donc pas le point de départ, mais le livrable de cette analyse.
L’employeur transcrit et met à jour dans un document unique les résultats de l’évaluation des risques pour la santé et la sécurité des travailleurs.
Article R4121-1 du Code du travail
Concrètement, construire un DUERP suit six temps : cadrer la démarche, découper l’entreprise en unités de travail, identifier les risques, les coter pour les hiérarchiser, bâtir le plan d’action, puis transcrire et tenir le document à jour.
Étape 1 : cadrer la démarche avant d’évaluer
Rien ne se liste tant que le cadre n’est pas posé. Cette première étape définit qui pilote l’évaluation, sur quel périmètre, avec quels moyens et quels outils. C’est aussi le moment d’associer les salariés et le CSE.
L’employeur reste responsable du DUERP, même s’il en délègue la réalisation pratique. Désigner un pilote interne, souvent le référent santé et sécurité, évite que la démarche s’enlise. Un groupe de travail réunissant encadrants et représentants du personnel donne accès au travail réel, celui que la direction ne voit pas depuis son bureau.
Les moyens comptent autant que la volonté : temps alloué, grilles d’analyse, et le cas échéant un logiciel. Pour les petites structures, l’Assurance Maladie et l’INRS proposent gratuitement les outils OiRA, déclinés par secteur. Un DUERP rédigé seul, sans descente sur le terrain, passe à côté des risques que vivent les opérateurs.
Étape 2 : découper l’entreprise en unités de travail
L’évaluation ne se fait jamais en bloc, mais par unité de travail. Mal découper cette étape fausse tout le reste, puisque chaque unité sert de cadre à l’analyse des risques.
Une unité de travail n’est pas forcément un poste ou une fonction. La circulaire du 18 avril 2002 la définit comme une situation où un ou plusieurs salariés sont exposés à un même danger. Un atelier entier peut former une seule unité si l’exposition y est homogène.
Le piège est l’approche purement analytique, poste par poste : fastidieuse, coûteuse, et peu exploitable pour décider. Regrouper les situations d’exposition similaires garde le DUERP lisible. Reste à bien définir chaque unité de travail, car ce découpage sert de cadre à tout l’inventaire qui suit.
Étape 3 : identifier et lister les risques par unité
Pour chaque unité, l’objectif est de repérer tout ce qui peut porter atteinte à la santé ou à la sécurité. Cette étape transforme une intuition en inventaire structuré.
L’identification croise plusieurs sources : l’observation du travail réel, le dialogue avec ceux qui occupent les postes, l’analyse des accidents passés, les fiches de données de sécurité et, au besoin, des mesures sur le terrain. Les fiches de la brochure ED 840 de l’INRS aident à ne rien oublier.
Une distinction utile : le danger est la propriété intrinsèque (un produit corrosif, une machine en mouvement), le risque est la probabilité qu’il cause un dommage dans une situation donnée. L’inventaire couvre tous les types : physiques, chimiques, biologiques, psychosociaux et organisationnels. Pour ne pas se limiter aux dangers visibles, s’appuyer sur une liste des risques par famille reste la méthode la plus sûre.
Étape 4 : coter les risques pour les hiérarchiser
Une liste de risques sans hiérarchie ne dit pas par où commencer. La cotation attribue à chaque risque un niveau de priorité, en croisant sa gravité et sa fréquence d’exposition.
La plupart des méthodes notent chaque risque sur deux axes au minimum : la gravité du dommage potentiel et la fréquence d’exposition. Le produit des deux donne un niveau de criticité, qui classe les risques du plus urgent au plus secondaire. Certaines grilles ajoutent un troisième critère, la maîtrise actuelle du risque.
Aucune échelle n’est imposée par la loi : chaque entreprise fixe la sienne, à condition de l’appliquer de façon cohérente sur toutes les unités. La grille à quatre niveaux ci-dessous sert d’exemple.
| Niveau | Gravité du dommage | Fréquence d’exposition |
|---|---|---|
| 1 | Bénin : gêne ou soin léger | Rare : exposition exceptionnelle |
| 2 | Sérieux : arrêt de travail court | Occasionnelle : quelques fois par mois |
| 3 | Grave : incapacité durable | Fréquente : plusieurs fois par semaine |
| 4 | Très grave : irréversible ou mortel | Permanente : à chaque prise de poste |
Un risque grave et fréquent passe avant un risque bénin et rare, même si le second est plus visible. C’est tout l’intérêt de la cotation. Pour poser des notes défendables, voir la méthode de cotation des risques et la façon de construire une matrice de criticité qui visualise les priorités.
Étape 5 : bâtir le plan d’action de prévention
La cotation ne sert à rien sans décision. Le plan d’action transforme les risques prioritaires en mesures concrètes, datées et attribuées à un responsable.
Les mesures suivent les neuf principes généraux de prévention de l’article L4121-2 : éviter le risque quand c’est possible, le combattre à la source, l’adapter à l’humain, privilégier la protection collective avant les équipements individuels. Supprimer un risque vaut toujours mieux que le compenser.
La forme du plan dépend de l’effectif. En dessous de cinquante salariés, les actions peuvent figurer directement dans le DUERP. À partir de cinquante salariés, elles alimentent un programme annuel de prévention (PAPRIPACT), avec calendrier, budget, indicateurs et responsables. Sans échéance ni pilote, une action reste une intention.
Étape 6 : transcrire, conserver et mettre à jour le document
Les cinq étapes précédentes produisent une matière : unités, risques, cotations, actions. La dernière étape la fige dans un document daté, puis le maintient vivant.
Transcrire et dater chaque version
Le DUERP reprend, pour chaque unité de travail, l’inventaire des risques, leur cotation et les actions retenues. Chaque version porte une date. On n’écrase jamais l’ancienne : on empile les versions, car c’est cet historique qui prouve la diligence de l’employeur.
Conserver 40 ans, et le dépôt dématérialisé en attente
Depuis la loi du 2 août 2021, chaque version doit être conservée au moins quarante ans. L’objectif est de reconstituer l’historique d’exposition d’un salarié, notamment pour les maladies à effet différé comme certains cancers professionnels.
La même loi prévoyait un dépôt sur un portail numérique national, avec une échéance fixée au 1er juillet 2023 pour les entreprises d’au moins 150 salariés et au 1er juillet 2024 pour les autres. Ces échéances n’ont pas été tenues et le portail n’est pas opérationnel à ce jour. En attendant, l’employeur conserve le DUERP localement, au format papier ou numérique.
Mettre à jour selon l’effectif et les événements
À partir de onze salariés, la mise à jour est au minimum annuelle. En dessous de onze salariés, cette périodicité annuelle n’est plus obligatoire depuis 2021, mais elle reste recommandée pour prouver sa vigilance. Trois situations imposent une révision immédiate, quel que soit l’effectif :
- une décision d’aménagement important : nouvel équipement, réorganisation, déménagement, nouveau procédé de fabrication ;
- une information nouvelle sur un risque : signalement d’un salarié, alerte du médecin du travail, évolution réglementaire ;
- un accident du travail ou une maladie professionnelle révélant un risque mal évalué.
Un DUERP qui ne reflète plus la réalité des conditions de travail est juridiquement assimilé à une absence de document.
Retirer d’un DUERP un risque qu’on ne sait pas traiter, pour présenter un document rassurant, est une fausse bonne idée. Un risque identifié mais non traité reste une action en attente. Un risque effacé est un risque nié, bien plus lourd à assumer devant un juge après un accident.
L’absence de DUERP ou son défaut de mise à jour est une contravention de cinquième classe : l’amende atteint 1 500 euros, portée à 3 000 euros en cas de récidive. Le vrai risque financier vient surtout de l’accident : un DUERP manquant ou obsolète facilite la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur, qui ouvre la réparation intégrale des préjudices.
Questions fréquentes
Combien d’étapes compte la réalisation d’un DUERP ?
L’INRS structure l’évaluation des risques en cinq étapes clés : préparer, identifier, classer les risques, puis définir et suivre les actions. En pratique, construire le DUERP ajoute deux temps : la transcription des résultats dans le document, puis sa mise à jour. Le découpage exact varie selon les sources, mais la logique reste la même.
Qui réalise concrètement ces étapes ?
L’employeur porte la responsabilité légale, même s’il délègue la réalisation à un salarié formé, souvent le référent santé et sécurité, ou à un prestataire. L’évaluation gagne à associer le CSE et les salariés concernés, qui connaissent le travail réel. Le service de prévention et de santé au travail peut appuyer la démarche.
Peut-on suivre ces étapes sans logiciel ?
Oui. Un tableur suffit pour une petite structure, à condition de couvrir chaque unité de travail et de dater les versions. Les outils OiRA de l’INRS et de l’Assurance Maladie, gratuits et sectoriels, guident les TPE pas à pas. Un logiciel devient utile quand le nombre d’unités et la fréquence des mises à jour augmentent.
Que risque-t-on si une étape est bâclée ou oubliée ?
Un DUERP incomplet expose à une amende de 1 500 euros, doublée en récidive. Surtout, il fragilise la défense de l’employeur après un accident : un document qui ignore un risque survenu pèse lourd dans la reconnaissance d’une faute inexcusable. L’étape la plus souvent négligée, la cotation, est aussi celle qui rend le document exploitable.