DUERP : la liste des risques à évaluer (guide 2026)
Chercher la liste officielle des risques à inscrire dans un DUERP conduit à une impasse. Le Code du travail n’en fixe aucune. Son article R4121-1 impose une obligation de méthode, le recensement des risques dans chaque unité de travail, jamais une nomenclature toute faite à recopier.
Cette absence de liste réglementaire n’est pas un vide. L’INRS publie une classification de référence, reprise par la quasi-totalité des modèles, qui sert de grille de lecture. Mais elle se construit poste par poste : l’inventaire des risques n’est qu’une étape de la démarche complète pour faire un DUERP.
Trois réflexes séparent un document opposable d’une trame vide : distinguer le danger du risque, passer chaque famille au crible de l’activité réelle, ne retenir que ce qui expose vraiment les salariés.
Pourquoi aucune liste de risques n’est imposée par la loi
La réglementation cadre la méthode, pas le contenu. L’article L4121-2 énonce neuf principes généraux de prévention, l’article L4121-3 impose de transcrire les résultats de l’évaluation. Aucun texte ne dresse la liste des risques à cocher.
Les comptages varient d’une source à l’autre : certaines parlent de six grandes familles, d’autres de quatorze, dix-huit ou vingt-quatre risques. Ces écarts ne traduisent pas une contradiction. Ce sont des grilles de lecture, pas des obligations légales. La seule exigence reste de couvrir tous les risques réels de votre activité.
Aucun texte ne fixe la liste des risques à inscrire. L’obligation porte sur la démarche : identifier les risques propres à chaque unité de travail. Une liste recopiée sans évaluation de terrain n’a aucune valeur juridique.
Le point d’ancrage juridique reste l’article R4121-1, qui définit l’objet même du document unique.
L’employeur transcrit et met à jour dans un document unique les résultats de l’évaluation des risques pour la santé et la sécurité des travailleurs.
Article R4121-1 du Code du travail
Danger et risque : deux notions à ne pas confondre
Lister des dangers et lister des risques ne revient pas au même. La confusion produit des DUERP bancals, soit trop longs, soit hors sujet.
Un danger est une propriété intrinsèque : un produit chimique, une hauteur, une pièce en mouvement. Un risque naît de l’exposition d’un salarié à ce danger, dans une situation précise, avec une probabilité et une gravité. Le même danger donne des risques très différents selon le poste.
Un escabeau, danger de chute de hauteur, crée un risque élevé pour un magasinier qui l’utilise dix fois par jour, faible pour un employé qui y monte deux fois par an. Le DUERP recense des risques en situation, par unité de travail, pas un catalogue de dangers théoriques.
Les familles de risques à passer en revue
Faute de liste légale, la référence pratique reste la brochure ED 840 de l’INRS, qui recense les principaux risques rencontrés en entreprise. Elle sert de check-list : pour chaque unité de travail, on parcourt chaque famille et on retient celles qui correspondent à une exposition réelle.
| Famille de risque | Exemples concrets | Secteurs particulièrement exposés |
|---|---|---|
| Chute de plain-pied | Sols glissants, encombrement, câbles au sol | Tous secteurs |
| Chute de hauteur | Échelles, escabeaux, toitures, échafaudages, quais | BTP, logistique, nettoyage |
| Manutention manuelle | Port de charges, postures contraignantes, gestes répétitifs | Logistique, soin, commerce |
| Manutention mécanique et circulation interne | Chariots, transpalettes, engins, voies de circulation | Entrepôts, industrie |
| Risque routier (trajet et mission) | Déplacements, livraisons, véhicules légers, deux-roues | Commerciaux, livreurs, aide à domicile |
| Machines et outils | Coupure, écrasement, happement, projection | Industrie, menuiserie, agroalimentaire |
| Effondrement et chute d’objets | Stockage en hauteur, rayonnages, matériaux | BTP, logistique |
| Risque électrique | Contact direct, court-circuit, travaux sous tension | Maintenance, BTP |
| Risque chimique (dont CMR) | Produits, poussières, vapeurs, solvants | Nettoyage, industrie, coiffure, garages |
| Risque biologique | Agents infectieux, contact, déchets de soin | Santé, traitement des déchets, laboratoires |
| Bruit | Machines, open space, chantiers | Industrie, BTP, événementiel |
| Vibrations | Outils portatifs, conduite d’engins | BTP, transport |
| Ambiances thermiques (chaleur ou froid) | Travail extérieur, chambres froides, canicule | BTP, agroalimentaire, agriculture |
| Rayonnements | UV, laser, champs électromagnétiques, soudage | Soudure, santé, industrie |
| Éclairage | Insuffisant ou éblouissant, fatigue visuelle | Bureaux, ateliers |
| Travail sur écran | Fatigue visuelle, sédentarité, TMS | Tertiaire, télétravail |
| Incendie et explosion | Sources d’inflammation, atmosphères explosives (ATEX) | Industrie, stockage, restauration |
| Risques psychosociaux (RPS) | Stress, charge mentale, harcèlement, violences internes ou externes | Tous secteurs, surtout relation client et soin |
| Travail isolé | Intervention seul, horaires atypiques | Gardiennage, aide à domicile, maintenance |
Toutes les familles ne concernent pas toutes les entreprises : un cabinet comptable ignore les machines industrielles. Mais quelques risques sont quasi universels et pourtant régulièrement oubliés : les risques psychosociaux, le risque routier et les troubles musculo-squelettiques, qui concentrent la majorité des maladies professionnelles reconnues en France.
Comment établir votre liste, unité de travail par unité de travail
La liste ne se télécharge pas, elle se construit. La méthode tient en quatre temps, identiques quelle que soit la taille de l’entreprise.
Découper l’entreprise en unités de travail : un métier, un poste ou un lieu aux conditions homogènes.
Pour chaque unité, parcourir chaque famille et repérer les dangers réellement présents.
Décrire la situation d’exposition : qui est concerné, combien de temps, dans quelles conditions.
Coter chaque risque, puis le transcrire dans le document unique et le dater.
Les deux derniers temps font toute la différence. La cotation hiérarchise les priorités d’action : la méthode pour coter chaque risque repose sur le croisement gravité × fréquence. L’inventaire n’est jamais une fin en soi : il doit déboucher sur un plan d’action de prévention daté, chiffré et suivi dans le temps.
Recopier une liste type sans la confronter au terrain produit un document inopposable. L’inspection du travail comme le juge prud’homal écartent une trame générique. Ce qui compte n’est pas la longueur de la liste, mais la réalité de l’évaluation par unité de travail.
Sur le même sujet
Pour visualiser et hiérarchiser les niveaux obtenus, la matrice de criticité croise gravité et probabilité dans un tableau à double entrée. Et avant de se lancer, une question revient souvent : qui rédige le DUERP et avec quels appuis internes, du CSE au service de prévention et de santé au travail.
Questions fréquentes
Existe-t-il une liste officielle des risques pour le DUERP ?
Non. Le Code du travail impose d’évaluer et de transcrire les risques par unité de travail, sans fixer de liste. La brochure ED 840 de l’INRS fournit une grille de référence, utile mais non obligatoire.
Combien de familles de risques faut-il évaluer ?
Il n’y a pas de nombre imposé. Les classifications de l’INRS regroupent souvent une vingtaine de risques, jusqu’à vingt-quatre dans l’ED 840. Vous retenez uniquement ceux présents dans votre activité, sans plafond ni minimum.
Les risques psychosociaux doivent-ils figurer dans le DUERP ?
Oui. L’obligation de sécurité de l’employeur couvre la santé mentale. Les RPS s’évaluent via la grille des six familles de facteurs issue du rapport Gollac et reprise par l’INRS. Leur oubli est l’un des manquements les plus fréquents.
Que risque un employeur sans DUERP ou avec une liste incomplète ?
L’absence ou le défaut de mise à jour du DUERP constitue une contravention de 5e classe : jusqu’à 1 500 € pour une personne physique et 7 500 € pour une personne morale, montants doublés en récidive (service-public.fr). En cas d’accident, un document lacunaire fragilise la défense de l’employeur et facilite la reconnaissance d’une faute inexcusable.