Cotation DUERP : méthode, grille et calcul des risques
La cotation transforme une liste de dangers en priorités d’action. Sans elle, le DUERP reste un inventaire plat, impossible à exploiter. La méthode la plus répandue tient en une opération : la gravité multipliée par la fréquence, chaque critère noté de 1 à 4. Le résultat, appelé criticité, classe les risques du plus urgent au plus secondaire.
Première surprise : aucun texte n’impose de grille précise. Le Code du travail exige une évaluation structurée, pas un barème officiel. La cotation s’inscrit dans la démarche plus large détaillée dans le guide complet : comment faire un duerp. Elle en constitue l’étape charnière, celle qui relie l’identification des risques au plan de prévention.
Le vrai risque n’est pas de choisir la mauvaise échelle. C’est de coter sans méthode traçable. Une cote sous-évaluée, ou un score identique partout, se retourne contre l’employeur le jour d’un accident.
À quoi sert vraiment la cotation des risques
Coter, c’est attribuer une note à chaque risque pour décider lequel traiter en premier. L’opération paraît mécanique. Elle conditionne pourtant la solidité juridique du document et l’efficacité réelle de la prévention.
La cotation classe les risques par ordre de priorité. Le Code du travail impose d’évaluer les risques, pas d’appliquer une grille précise. La méthode choisie doit rester documentée et constante d’une année sur l’autre.
L’article R.4121-1 du Code du travail oblige l’employeur à transcrire les résultats de l’évaluation, par unité de travail. Les articles L.4121-3 et L.4121-3-1 imposent de planifier les actions et de tenir un programme annuel de prévention. La cotation est le pont entre l’inventaire et ce programme. Un risque coté 12 sur 16 passe devant un risque coté 3 : la priorité devient lisible, chiffrée, défendable.
Sans hiérarchie, les ressources se dispersent. On répartit un budget de prévention au hasard pendant qu’un danger critique reste sans mesure. La cotation impose une logique de proportionnalité : davantage de moyens là où le risque est élevé.
Gravité et fréquence : les deux critères de base
La méthode binômiale, largement diffusée par les guides de l’INRS, repose sur deux variables. La gravité mesure le dommage potentiel. La fréquence mesure l’exposition. Chacune se note de 1 à 4.
La gravité retient le scénario réaliste le plus défavorable, jamais la moyenne. Une scie circulaire reste classée mortelle même si personne ne s’est blessé depuis vingt ans. Ce n’est pas l’historique des accidents qui compte, mais le potentiel de dommage.
| Niveau | Dommage potentiel | Exemple |
|---|---|---|
| G1 | Bénin, réversible | Gêne, inconfort passager |
| G2 | Sérieux, soin nécessaire | Entorse, lumbago, coupure |
| G3 | Grave, incapacité permanente | Fracture, surdité |
| G4 | Mortel ou très grave | Décès, invalidité totale |
La fréquence traduit la durée et la répétition de l’exposition. À gravité égale, un risque quotidien pèse plus lourd qu’un risque annuel. C’est l’intuition centrale de la méthode : un danger modéré mais permanent mérite souvent plus d’attention qu’un danger grave mais rare.
| Niveau | Exposition | Repère |
|---|---|---|
| F1 | Rare | De l’ordre d’une fois par an |
| F2 | Occasionnelle | De l’ordre d’une fois par mois |
| F3 | Fréquente | De l’ordre d’une fois par semaine |
| F4 | Permanente | Quotidienne ou continue |
Calculer la criticité avec la formule gravité × fréquence
Une fois les deux notes posées, la criticité se calcule en les multipliant. Sur une échelle de 1 à 4, le score final va de 1 à 16. Ce chiffre unique range tous les risques sur la même règle.
Criticité = Gravité × Fréquence. Un risque routier coté G3 (grave) et F4 (conduite quotidienne) atteint 12 : priorité haute. Une chute de plain-pied cotée G2 et F3 tombe à 6 : action planifiée, sans urgence absolue. Le calcul traduit en chiffres une comparaison que l’intuition seule rend floue.
Chaque score se reporte ensuite dans une matrice de criticité, souvent colorée : vert pour les risques faibles, jaune ou orange pour les risques moyens, rouge pour les risques critiques. Le détail de cette grille croisée et sa lecture figurent dans la matrice duerp. Les seuils, eux, ne sont pas figés par la loi.
Une lecture courante sur 16 points retient quatre paliers : 1 à 4 faible, 5 à 8 modéré, 9 à 12 élevé, 13 à 16 critique. Chaque entreprise ajuste ces bornes selon son contexte. La condition reste la même : les documenter, les faire valider par le CSE quand il existe, et les conserver d’une année sur l’autre pour comparer.
Risque brut, risque résiduel : intégrer les mesures existantes
Un même risque ne se cote pas de la même manière avant et après les mesures de prévention. Cette distinction évite de surévaluer ce qui est déjà maîtrisé, et inversement.
Le risque brut, ou risque initial, se calcule sans tenir compte des protections en place. Il décrit la menace nue. Le coter en premier aide à comprendre la nature réelle du danger, indépendamment de ce qui le tempère aujourd’hui.
Le risque résiduel intègre les mesures déjà actives : protections collectives, équipements, procédures. Certaines méthodes ajoutent un troisième facteur pour le mesurer, la probabilité de survenue ou le niveau de maîtrise. La formule devient alors Gravité × Fréquence × Probabilité. La méthode Kinney l’utilise en industrie ; l’OPPBTP propose une grille à 100 points calibrée pour le BTP.
Après chaque mesure mise en place, on recote. La baisse de criticité, tracée avant et après, prouve l’efficacité de l’action. Cette logique alimente directement le plan d’action duerp, qui hiérarchise et date les mesures restantes.
La démarche de cotation, étape par étape
La cotation suit une séquence simple, à condition de la tenir avec rigueur. De l’unité de travail au plan d’action, l’enchaînement se déroule ainsi.
- Découper l’entreprise en unités de travail : un atelier, un poste, une fonction homogène.
- Lister, pour chaque unité, les dangers et situations dangereuses réellement présents.
- Coter la gravité de chaque risque, sur le pire scénario raisonnable.
- Coter la fréquence selon l’exposition effective des salariés.
- Multiplier les deux notes pour obtenir la criticité, puis positionner le risque dans la matrice.
- Classer les risques par criticité décroissante et alimenter le plan d’action.
- Tracer le raisonnement de chaque cote dans une note méthodologique en tête de document.
La cotation gagne à être collective. Réalisée seul, par habitude, elle dérive vite vers la sous-évaluation. Associer les salariés exposés, le CSE et, si besoin, le service de prévention fiabilise les notes. La question de qui pilote l’exercice est traitée dans duerp qui le fait.
La note méthodologique consigne l’échelle retenue, les seuils et la justification des cotes. C’est elle qu’un inspecteur ou un juge examine en premier. Cette étape s’intègre dans la séquence complète des étapes duerp, dont la cotation n’est qu’un maillon.
Un logiciel de cotation calcule la criticité, colore la matrice et conserve l’historique des versions automatiquement. Sur un seul site, un tableur suffit souvent. Au-delà, l’outil dédié fait gagner du temps, comme le montre ce comparatif logiciel duerp.
Deux erreurs opposées ruinent une cotation. Tout coter en gravité maximale « par précaution » écrase la hiérarchie et rend le document inexploitable. À l’inverse, sous-coter pour rassurer se retourne contre l’employeur : en cas d’accident, la sous-évaluation aggrave sa responsabilité au titre de la faute inexcusable.
Questions fréquentes
Quelle échelle de cotation choisir pour une petite entreprise ?
L’échelle de 1 à 4 offre le meilleur compromis entre simplicité et précision pour une TPE. Une grille 3×3 reste possible si le nombre de risques est faible. Les échelles très fines, de 1 à 10 par exemple, deviennent lourdes à maintenir et n’apportent pas de gain réel de hiérarchisation.
À quelle fréquence faut-il revoir la cotation ?
La cotation se revoit lors de la mise à jour du DUERP : au moins une fois par an dans les entreprises d’au moins onze salariés, et à chaque changement notable. Un nouvel équipement, un accident ou une information nouvelle sur un risque déclenchent une recote, même hors échéance annuelle.
Que faire quand deux risques obtiennent la même criticité ?
On les départage par la gravité : à criticité égale, un risque G4 prime sur un risque G2. Le nombre de salariés exposés sert ensuite de second critère. Le score chiffré oriente la décision, il ne la remplace pas.
Comment justifier une cote en cas de contrôle ?
Une note de quelques lignes par situation suffit, expliquant pourquoi un risque est coté G3-F2 plutôt que G2-F3. Cet argumentaire écrit démontre que l’évaluation a été menée sérieusement. C’est lui qui est examiné en cas de contentieux, autant que le chiffre final.