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Obligation légale — Code du travail, Art. L.4121-3

Matrice DUERP : grille de cotation des risques + exemple

La matrice de criticité n’est imposée par aucun texte. Le Code du travail exige une évaluation des risques, pas une grille de notation précise. Sans elle pourtant, un DUERP se réduit à une liste de dangers sans ordre de priorité, donc difficile à exploiter.

Son rôle tient en un mot : hiérarchiser. En croisant la gravité d’un dommage et la fréquence d’exposition, la matrice attribue à chaque risque un score qui dit lequel traiter en premier. Cet outil s’inscrit dans la méthode complète pour rédiger un DUERP, juste après l’inventaire des risques.

La difficulté n’est pas mathématique. Elle est dans le choix des échelles et des seuils, car ce sont eux qui décident de ce qui passe au rouge. Une matrice mal calibrée hiérarchise mal, et un classement faux oriente l’argent de la prévention au mauvais endroit.

Qu’est-ce que la matrice de criticité dans le DUERP ?

La matrice de criticité est une grille qui transforme une appréciation en chiffre. Chaque risque reçoit deux notes, l’une pour la gravité, l’autre pour la fréquence d’exposition. Leur produit donne la criticité.

Ce score range les risques sur une même échelle, ce qui les rend comparables. Un risque rare mais mortel et un risque quotidien mais bénin cessent d’être traités sur le même plan. La représentation classique croise la gravité en lignes et la fréquence en colonnes, avec des zones de couleur du vert au rouge selon l’urgence. On parle de matrice de criticité, ou plus simplement de matrice du DUERP.

L’essentiel

La matrice croise la gravité d’un dommage et la fréquence d’exposition. Le produit des deux donne un score de criticité qui classe chaque risque, du moins urgent au plus urgent. Aucune méthode n’est imposée par la loi : la grille reste à la main de l’employeur.

La formule la plus répandue se limite à deux facteurs : criticité égale gravité multipliée par fréquence. Certaines méthodes ajoutent un troisième critère, la probabilité, pour tenir compte des protections déjà en place.

Ce que la loi impose, ce qu’elle laisse libre

Le cadre légal est précis sur l’objectif et muet sur la méthode. L’employeur doit évaluer les risques par unité de travail et transcrire les résultats. La manière de les noter ne relève d’aucune obligation.

Aucun format de DUERP n’est imposé et aucun barème de cotation n’est rendu obligatoire. L’Assurance maladie au titre des risques professionnels le rappelle : l’employeur reste libre de construire son document et peut y faire figurer un classement des risques selon ses propres critères.

Cette liberté a une contrepartie. C’est l’employeur qui assume la cohérence de sa cotation. L’INRS et les outils OIRA proposent des trames et des aides au repérage, mais le choix des échelles et des seuils lui revient. En cas de contrôle ou de contentieux, une cotation arbitraire ou absente se retourne contre lui.

Construire les échelles de gravité et de fréquence

Tout repose sur deux échelles définies à l’avance. La plupart des entreprises retiennent quatre niveaux par axe, un compromis entre finesse et simplicité. Trois niveaux suffisent à une TPE, cinq conviennent à une activité à risques lourds.

L’échelle de gravité

La gravité mesure l’importance du dommage potentiel, pas sa probabilité. Elle va de la gêne sans arrêt de travail au décès.

NoteGravitéDommage potentiel
1BéninGêne ou blessure légère, sans arrêt de travail
2SérieuxAccident avec arrêt court, sans séquelle
3GraveIncapacité prolongée ou permanente partielle
4Très graveInvalidité permanente, maladie lourde ou décès

Le niveau retenu correspond au dommage le plus grave plausible, pas au plus fréquent. Une chute de hauteur reste cotée grave même si elle est rare.

L’échelle de fréquence

La fréquence mesure la régularité de l’exposition au danger, indépendamment de ses conséquences. Elle s’apprécie poste par poste.

NoteFréquenceRepère d’exposition
1RareExposition exceptionnelle, quelques fois par an
2OccasionnelleExposition hebdomadaire ou mensuelle
3FréquenteExposition quotidienne, sur une partie du poste
4PermanenteExposition continue, à chaque prise de poste

Une exposition courte mais répétée plusieurs fois par jour compte comme une exposition fréquente. C’est la récurrence qui prime, pas la durée cumulée.

Faut-il ajouter la probabilité ?

Certaines méthodes intègrent un troisième facteur, la probabilité de survenue, qui tient compte des mesures de prévention déjà en place. Un danger grave et fréquent, mais bien protégé, voit sa note abaissée. On parle alors de risque résiduel, par opposition au risque brut. Pour une petite structure, gravité multipliée par fréquence reste suffisant et plus lisible. L’important est de garder la même méthode d’une unité de travail à l’autre.

Lire la matrice : un exemple de cotation chiffré

Une fois les deux notes attribuées, leur produit positionne le risque dans la grille. Le tableau ci-dessous croise une gravité et une fréquence notées de 1 à 4.

Gravité ↓ / Fréquence →1 Rare2 Occas.3 Fréq.4 Perm.
4 Très grave481216
3 Grave36912
2 Sérieux2468
1 Bénin1234

Les couleurs traduisent des seuils que l’entreprise fixe elle-même. Un découpage simple : criticité de 1 à 3 pour un risque faible (vert), 4 à 8 pour un risque modéré (jaune), 9 à 12 pour un risque important (orange), au-delà pour un risque critique (rouge).

Prenons un risque de coupure sur un poste de découpe. La gravité est sérieuse (note 2, arrêt court possible) et l’exposition permanente (note 4). La criticité atteint 8, soit un risque modéré à planifier. Un risque de chute de hauteur, grave (note 4) mais occasionnel (note 2), donne aussi 8. Même score, mais des mesures très différentes : protection collective pour la chute, formation et équipement pour la coupure.

Cette cotation se refait pour chaque unité de travail. Un même danger n’a pas la même criticité à l’atelier et au bureau, parce que ni la gravité ni la fréquence n’y sont identiques.

De la cotation au plan d’action en quatre temps

La matrice n’est pas une fin. Elle existe pour décider quoi faire et dans quel ordre. Elle s’insère dans les étapes de réalisation du DUERP, entre l’inventaire des risques et le plan d’action. La démarche tient en quatre temps.

A

Définir les échelles de gravité et de fréquence, et les seuils des zones, avant de coter.

B

Pour chaque unité de travail, noter chaque risque identifié sur les deux axes.

C

Multiplier gravité et fréquence, puis positionner le score dans la matrice.

D

Hiérarchiser les priorités et alimenter le plan d’action, du rouge vers le vert.

L’ordre de traitement suit les scores, du rouge vers le vert. Un risque critique appelle une action immédiate, un risque faible une simple surveillance. Cette priorisation alimente directement le plan d’action de prévention, qui traduit chaque score en mesures datées.

La responsabilité de la cotation revient à l’employeur, même s’il a tout intérêt à associer les salariés exposés et le CSE pour noter au plus juste. Reste à définir qui rédige le DUERP concrètement, en interne ou avec un appui extérieur.

Les pièges qui rendent une matrice inutile

Une matrice mal employée donne une fausse impression de rigueur. Trois erreurs reviennent souvent et vident le DUERP de son sens.

Point de vigilance

Minorer les scores pour afficher un DUERP rassurant se retourne contre l’employeur. En cas d’accident, la sous-évaluation est mise en évidence et fragilise sa défense. Une matrice copiée sans cotation réelle des unités de travail n’a aucune valeur.

Premier piège : coter sans avoir défini les échelles, ce qui rend les scores incomparables d’un risque à l’autre. Deuxième piège : reprendre une matrice toute faite trouvée en ligne sans la confronter à l’activité réelle. Troisième piège : figer la cotation. Un score doit baisser quand une mesure de prévention est mise en place, sinon la matrice ne reflète plus rien.

Questions fréquentes

La matrice de criticité est-elle obligatoire dans le DUERP ?

Non. Le Code du travail impose d’évaluer les risques et de transcrire les résultats, sans fixer de méthode de cotation. La matrice est un outil recommandé pour hiérarchiser, pas une obligation. Un DUERP peut classer ses risques autrement, à condition que la priorisation reste cohérente et justifiable.

Faut-il choisir une matrice 3×3, 4×4 ou 5×5 ?

Le format dépend de la taille et du niveau de risque de l’entreprise. Une grille 3×3 suffit à une TPE de bureau. Une matrice 4×4 offre un bon équilibre pour la plupart des activités. Le 5×5 se justifie sur des métiers à risques lourds, où des nuances fines changent les priorités.

Gravité multipliée par fréquence ou faut-il ajouter la probabilité ?

Les deux approches sont valables. Gravité multipliée par fréquence reste simple et lisible. Ajouter la probabilité tient compte des protections en place et évalue un risque résiduel plutôt qu’un risque brut. Le choix doit rester le même pour toutes les unités de travail.

Comment fixer les seuils des zones de couleur ?

Les seuils relèvent de l’employeur. Sur une matrice 4×4 dont les scores vont de 1 à 16, un découpage courant réserve le rouge aux scores les plus élevés et le vert aux plus faibles. L’important est de fixer ces bornes avant de coter, pour ne pas ajuster les couleurs après coup.

Un score de criticité peut-il évoluer ?

Oui, et il le doit. Quand une mesure de prévention réduit l’exposition ou ses conséquences, la note baisse. Une matrice figée perd sa fonction. La cotation se révise à chaque mise à jour du DUERP, au minimum une fois par an pour les entreprises d’au moins onze salariés.

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