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Obligation légale — Code du travail, Art. L.4121-3

DUERP canicule : intégrer le risque chaleur

La chaleur ne laisse pas de trace immédiate sur un corps, contrairement à une chute ou à une machine. C’est ce qui la rend traître au travail : on la sous-estime jusqu’au malaise. Depuis le 1er juillet 2025, l’employeur n’a plus le choix. Le décret du 27 mai 2025 fait des épisodes de chaleur intense un risque professionnel à part entière, qui doit figurer noir sur blanc dans le document unique.

Intégrer la canicule au DUERP ne se résume pas à ajouter une ligne « fortes chaleurs ». Il faut évaluer l’exposition poste par poste, définir des mesures graduées selon la vigilance météo, et tracer le tout dans le document, au même titre que les autres dangers recensés dans notre dossier risques professionnels duerp. Le texte vise autant le chantier en plein soleil que l’entrepôt mal ventilé ou la cuisine de restaurant.

La bascule de 2025 tient en un mot : opposabilité. Ce ne sont plus des conseils de prudence, mais des obligations que l’inspection du travail peut faire respecter sous huit jours, jusqu’à l’arrêt de l’activité.

Un risque professionnel à intégrer au DUERP depuis 2025

Le document unique recense tous les risques auxquels les salariés sont exposés. Depuis le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, la chaleur en fait explicitement partie. Le texte a créé un chapitre dédié dans le Code du travail, aux articles R.4463-1 à R.4463-8.

L’essentiel

Depuis le 1er juillet 2025, tout employeur doit évaluer le risque lié aux épisodes de chaleur intense, en intérieur comme en extérieur, et transcrire les mesures de prévention dans le DUERP. L’obligation s’applique dès le premier salarié, sans seuil d’effectif.

L’évaluation ne s’arrête pas au constat. Quand elle révèle un risque pour la santé ou la sécurité, l’employeur définit des actions de prévention et les inscrit dans le DUERP, ainsi que dans son programme annuel de prévention (PAPRIPACT) ou, pour les entreprises de moins de 50 salariés, dans sa liste d’actions de prévention.

La logique du Code du travail tient en une phrase : ce qui est évalué doit être transcrit.

Un employeur qui n’a jamais formalisé le risque chaleur part donc en défaut sur deux fronts : il n’a pas évalué un danger désormais listé par la loi, et son document unique est incomplet.

Ce que le décret du 27 mai 2025 impose vraiment

Le décret transforme des habitudes en règles. Deux mesures deviennent des socles permanents, et une série d’actions se déclenchent dès que Météo-France active une vigilance chaleur.

Premier socle : les locaux fermés doivent être maintenus à une température adaptée en toute saison, et non plus seulement chauffés l’hiver. Second socle : de l’eau potable et fraîche doit être mise à disposition partout. Sur un chantier sans eau courante, l’employeur fournit au moins trois litres par jour et par travailleur.

Au-delà de ces socles, le texte s’adosse au dispositif de vigilance canicule de Météo-France. Un épisode de chaleur intense correspond à l’atteinte d’un seuil jaune, orange ou rouge. Trois niveaux, trois degrés d’exigence.

Vigilance Météo-FranceSituationCe que l’employeur doit faire
JaunePic de chaleur sur 1 à 2 joursDéclencher les mesures de prévention inscrites au DUERP
OrangeCanicule intense et durableRenforcer et adapter les mesures à l’intensité de la chaleur
RougeCanicule extrêmeMesures maximales, réévaluation continue, arrêt de l’activité si elles ne suffisent pas

Les mesures à mobiliser, listées par le décret, couvrent l’organisation, la technique et la protection individuelle.

  • Adapter l’organisation du travail : horaires décalés, réduction de la durée d’exposition, pauses supplémentaires à l’ombre ou au frais.
  • Modifier les postes et les locaux : pare-soleil, isolation, ventilation, procédés de travail générant moins de chaleur.
  • Renforcer l’hydratation : eau fraîche en quantité suffisante, maintenue au frais à proximité des postes.
  • Fournir des équipements adaptés : vêtements et EPI limitant les effets des fortes températures et des UV.
  • Organiser le secours : modalités de signalement d’un malaise et de prise en charge rapide, en particulier pour les travailleurs isolés.

Deux publics appellent une vigilance renforcée. Les travailleurs vulnérables, par leur âge ou leur état de santé, dont la grossesse : l’employeur adapte les mesures avec le service de prévention et de santé au travail. Les travailleurs isolés ou éloignés, pour qui un dispositif de signalement et de secours doit être prévu. Si les mesures se révèlent insuffisantes face à la chaleur, l’employeur peut devoir arrêter l’activité.

À partir de quelle température faut-il évaluer le risque ?

C’est la question qui revient le plus. La réponse déroute : la loi ne fixe aucune température maximale de travail. Elle impose d’évaluer le risque, pas de respecter un seuil chiffré.

L’INRS donne des repères pour agir, sans valeur réglementaire. Au-delà de 30 °C pour une activité de bureau et de 28 °C pour un travail physique, la chaleur commence à peser sur la santé. Au-delà de 33 °C, la situation présente un risque important.

30 °C
alerte, poste sédentaire
28 °C
alerte, travail physique
33 °C
risque important (INRS)
15 à 25 %
des coups de chaleur mortels

La température de l’air ne dit pas tout. L’humidité, l’effort fourni, le rayonnement solaire et les vêtements de travail modifient la contrainte réelle. Une ambiance à 27 °C très humide peut être plus éprouvante qu’un air sec à 32 °C. Les effets vont de la fatigue aux crampes, à l’épuisement, puis au coup de chaleur, une urgence vitale.

Évaluer et coter le risque chaleur, poste par poste

Un risque chaleur générique n’a aucune valeur. L’évaluation se fait par unité de travail, en distinguant l’intérieur et l’extérieur, et en tenant compte de l’activité réelle de chaque poste.

Certains postes concentrent le danger. Le BTP et l’agriculture travaillent en plein soleil. Les cuisines, blanchisseries et fonderies cumulent chaleur et humidité. Les entrepôts et la logistique souffrent d’une ventilation faible. Les conducteurs subissent la chaleur en cabine et la fatigue qui va avec, ce qui rejoint l’évaluation du duerp risque routier.

La chaleur agit aussi comme facteur aggravant. Elle amplifie la pénibilité des ports de charge et nourrit les troubles musculo-squelettiques, un point à croiser avec le duerp tms. Pour la coter proprement dans le document unique, quatre temps suffisent.

A

Repérer les unités de travail et les postes exposés à la chaleur, en intérieur comme en extérieur.

B

Évaluer la contrainte réelle : température, humidité, effort physique, durée d’exposition, vulnérabilité des personnes.

C

Hiérarchiser le risque selon sa gravité et sa fréquence, puis définir un plan d’action daté.

D

Transcrire dans le DUERP, informer les salariés et le CSE, réévaluer avant chaque saison chaude.

Le plan d’action gagne à distinguer le préventif permanent, comme l’ombrage ou la ventilation, et les mesures déclenchées à la vigilance, comme le décalage des horaires. Un DUERP daté et cohérent reste aussi la meilleure défense en cas de contrôle ou d’accident.

Sanctions : ce que risque un employeur qui néglige la chaleur

Le risque chaleur est contrôlable, et il est contrôlé. L’inspection du travail dispose de leviers rapides, indépendants d’un éventuel accident.

Depuis le 1er juillet 2025, l’inspecteur peut mettre l’employeur en demeure de définir sa liste de mesures de prévention chaleur, avec un délai de huit jours. En cas de danger grave et imminent, il peut ordonner l’arrêt temporaire de l’activité, sur un chantier notamment.

Point de vigilance

Absence de DUERP ou document non tenu à jour : c’est une contravention de 5e classe, jusqu’à 1 500 € pour une personne physique et 7 500 € pour une société, doublés en récidive. En cas d’accident lié à la chaleur, un document unique muet sur ce risque facilite la reconnaissance de la faute inexcusable.

Le régime se durcit. Une loi votée en mai 2026 ouvre à l’administration la possibilité d’une amende directe, sans juge, pouvant atteindre 4 000 € par salarié concerné. Son entrée en vigueur dépend d’un décret d’application, annoncé pour l’automne 2026 : mieux vaut vérifier son statut exact au moment d’agir.

Au-delà de l’amende, la logique reste celle de l’obligation de sécurité. L’employeur doit pouvoir prouver qu’il a identifié et traité le risque. Sans trace dans le DUERP, cette preuve manque.

Sur le même sujet

La chaleur n’est qu’un des dangers à cartographier dans le document unique. Selon l’activité, elle voisine souvent avec d’autres risques physiques ou d’ambiance. À lire aussi : duerp risque chimique, pour les postes exposés aux produits et aux vapeurs, dont l’évaporation s’accélère à la chaleur. Sur le même thème : duerp risque incendie, pour les environnements où température et matières inflammables se combinent.

Questions fréquentes

Le DUERP canicule est-il obligatoire pour un bureau ?

Oui. L’obligation d’évaluer le risque chaleur vaut pour l’intérieur comme pour l’extérieur. Un open space qui grimpe à 30 °C dépasse déjà le repère INRS d’alerte pour une activité sédentaire. Le risque doit alors être évalué, coté et traité dans le document unique, même sans travail physique.

Faut-il créer un DUERP spécifique canicule ?

Non. Il n’existe pas de document séparé. Le risque chaleur s’intègre au DUERP existant, avec son évaluation par poste et son plan d’action. Les mesures de prévention rejoignent aussi le PAPRIPACT ou la liste d’actions de prévention de l’entreprise.

Quelle quantité d’eau l’employeur doit-il fournir ?

De l’eau potable et fraîche, en quantité suffisante, maintenue au frais près des postes. Lorsqu’il est impossible d’installer l’eau courante, comme sur un chantier isolé, la quantité mise à disposition est d’au moins trois litres par jour et par travailleur.

Un salarié peut-il arrêter de travailler s’il fait trop chaud ?

Il n’existe pas de seuil de température déclenchant un arrêt automatique. Un salarié peut exercer son droit de retrait si la situation présente un danger grave et imminent pour sa santé. De son côté, l’employeur doit lui-même arrêter l’activité quand ses mesures ne suffisent plus à écarter le danger.

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